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Tettigonia
viridissima
C'est la Grande Sauterelle Verte.
Littéralement, Petit Angle Très Vert. Linné dit qu'on la
trouve partout. C'est une Macrotère, mais elle ne voit
pas bien et sa morsure est douloureuse. Elle naît au
printemps et meurt en automne. Entre ces deux pôles,
elle a le temps de passer en plusieures mues de larve à
l'état adulte. La femelle pond des oeufs en terre grâce
à son oviscapte. Le mâle ne fait que chanter de
l'après-midi à tard dans la nuit. Il frotte la base de
ses élytres l'une contre l'autre. On dirait un
violoncelliste. Ses pattes font la flèche de l'archet.
Elles lui permettent de sauter loin. Le tympan est situé
en haut du tibia, au sommet du genou de ses longues
pattes. |
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C’est une femelle qui est venue se
poser en septembre sur une de mes sculptures que
j’étais en train de mettre en couleurs. C’est ici, où
j’écris, dans la montagne, à 800 mètres d’altitude,
dans les Vosges alsaciennes. Il y a une colline
granitique très sèche à la faune et à la flore
particulières. Sauterelles, orvets, salamandres, mais
aussi mulots, loirs et lièvres habitent dans les
herbes parmi genêts, églantiers, arnicas, ancolies et
un plan de narcisses sauvages. Plus haut dans les airs
croassent quelques corbeaux noirs, piaillent pinsons,
verdiers, rouges-gorges, mésanges jaunes et bleues,
deux couples de geais, un couple de casse-noix
mouchetés, quelques bergeronnettes. Une trentaine
d’hirondelles tracent leur chasse effrénée et joyeuse.
Très haut, les buses planent. Le soir, le chevreuil
aboie. La nuit, la chouette appelle. |
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Tettigonia est donc venue se
poser sur la sculpture que j'avais installée pour la
journée sur l'herbe coupée. Il s'agit d'un noeud
borroméen fait de trois rectangles de poutres noués à
la manière des Borromée. Cette famille milanaise de la
Renaissance avait pris comme emblème trois cercles
noués l'un à l'autre de telle sorte que si l'on en
coupe un, tout se défait. C'était pour dire la
solidarité des trois branches de la famille, l'une
envers l'autre. |
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Plus récemment, le
psychanalyste Jacques Lacan a repris cette figure pour
décrire la Psyché, disant que l'Inconscient se
structure comme un langage articulé à la manière d'un
noeud borroméen en trois registres : le Réel,
l'Imaginaire, le Symbolique. C'est là un outil de
pensée fondamental dans la psychiatrie moderne, mais
aussi pour tous ceux qui s'intéressent à la structure
du langage. Cela va beaucoup plus loin que l'on pense
et peut s'appliquer à toutes sortes d'énigmes de la
vie, depuis la position artistique qui s'interroge sur
sa production, à la position philosophique qui
s'interroge sur sa pensée, à la position culturelle,
historique ou politique qui renvoie toujours à ce
noeud de vérité, scindé en trois et pourtant noué. |
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La
chimie contemporaine s'interresse depuis une
quarantaine d'année à la topologie, essayant par là de
créer des molécules suivant des graphes géométriques.
L'ADN s'y prête bien et des réalisations de noeuds de
trèfles ou de tresses à trois ou quatre brins
deviennent des jeu d'enfants. Il est plus difficile
d'enfiler trois macrocycles moléculaires à la manière
des Anneaux des Borromée. Mais une
thèse de l'Université de Strasbourg décrit l'exemple
d'un tel emboîtage. La position de la physique
nucléaire est plus convaincante. On trouve en effet
deux éléments du Tableau Périodique dont le noyau
présente la structure du noeud borroméen. Il s'agit de
l'Hélium 6 (2 protons, 4 neutrons) et du Lithium 11 (3
protons, 8 neutrons). Ils sont stables bien que
radio-actifs. Si un élément manque, tout se défait. |
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Décrire des structures à ces
dimensions est du grand art. Je n'avais sur la
colline qu'un marteau, un burin, une scie et un
rabot. J'avais taillé au courant de l'été des
mortaises dans des poutres de pin carrées de 15 cm
de large. Rabotés et poncés, les trois rectangles
s'emboîtaient à la perfection. J'en laissais un
démontable pour pouvoir transporter mon oeuvre qui
dépasse le mètre cube. J'ai cherché longtemps le
moyen de mettre le bois en couleurs pour
différencier les trois registres. Une aquarelle, une
lasure, une laque brillante... Finalement, j'ai mis
une première couche de pigment + liant, et deux
couches de pigment pur et de cire incolore. La
couleur est douce, soyeuse et profonde. Pour les
trois registres, je prenais évidemment les trois
couleurs primaires : le rouge, le jaune et le bleu.
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À
quoi correspond chacune d'elles ? Le réel est-il
rouge, jaune ou bleu
? J'ai l'habitude de considérer le bleu à part, rouge
et jaune étant des couleurs organiques. Le bleu est le
lieu de nos projections vers le ciel ou vers un
hors-lieu : le symbolique va bien au bleu. Le sang
nous tient peut-être à témoins de ce que nous sommes
vivants. Le rouge est bien réel. L'imaginaire n'en
finit pas de nous fuir, c'est ce que l'on appelle
l'urétral, il est jaune. Il est aussi plein de
lumière. |
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Un
noeud borroméen dans la troisième dimension épousera
les trois directions de l'espace. Chez Borromée, on
parle de ronds plutôt que de rectangles. Dans ma
sculpture, il s'agit de poutres qui s'assemblent à
angle droit. Pour une meilleure plastique, j'aurais dû
prendre des chambres à air. Il y aura un rond
horizontal, un vertical, un transversal. Le réel se
tenant debout, le rond rouge sera vertical.
L'imaginaire est le plan de la vie, le jaune sera
horizontal. Le symbolique vient lier les deux, tout en
ayant une position tranchante. On dit qu'il fait la
coupure. Le bleu sera transversal. |
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Il
fait beau. Enfin les trois ronds, chacun dans sa
couleur, s'accordent l'un à l'autre. La sculpture
trône sur la colline. Elle ressemble à un fauteuil.
Elle dégage deux ouvertures. En l'une, le rouge
chevauche le bleu qui chevauche le jaune. En l'autre,
c'est l'inverse. On appelle de telles ouvertures dans
un noeud un triskel : trois brins se croisent avec des
dessus-dessous. Il existe aussi des quadriskels avec
quatre brins. Ici, les deux triskels se font face,
séparés par le bleu du Symbolique. Un triskel tourne à
gauche, l'autre tourne à droite. Nous avons là les
deux sens de l'espace courbe. |
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On
remarquera que représenter un noeud borroméen en 3D
permet de se rendre compte de certaines particularités
que l'on ne peut atteindre en 2D. Ceci dit parce que
beaucoup de personnes qui travaillent avec cette
représentation s'en font une idée horizontale, sur une
feuille de papier. En 3D, on s'aperçoit par exemple
qu'il n'y a pas des noeuds à droite et d'autres noeuds
à gauche, mais qu'il s'agit bel et bien du même noeud
qui possède en lui-même quatre triskels à droite et
quatre triskels à gauche, chaque triskel étant avec
son semblable, en symétrie conjointe dans le plan et
opposée dans l'espace. |
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Le
fauteuil montre clairement deux ouvertures. En fait,
deux autres sont derrière le dossier et quatre autres
sous le siège. Ce n'est important que géométriquement
et au niveau de la structure du noeud borroméen.
Plastiquement, il s'agit bien d'un fauteuil un peu
comique car il y a une place à droite et une place à
gauche. Mais à mon sens, il s'agit du fauteuil d'une
même personne qui incarne les deux possibles. Je
l'appelais le Fauteuil d'Isis, pensant rejoindre par
là la structure mythologique de la coupure et de la
quête du sens (perte et retrouvailles d'Osiris). |
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Voilà le Fauteuil d'une Reine
mythologique installé sur la colline. Le ciel est
bleu, à peine quelques cumulus blancs. J'ai passé la
matinée à remettre une couche de cire sur les trois
registres, le rectangle jaune,
le rouge, le bleu. J'ai enfilé le bleu dans le rouge
et ai fermé avec le jaune dont j'avais gardé un côté
démontable. L'émotion fait frémir. On court un peu sur
des oeufs quand un travail de deux mois et une
cogitation de plusieurs années se trouvent enfin
réalisés. Pour encadrer le fauteuil qui a l'air d'une
Maya nue, d'une vérité toute simple ou d'un grand
chien, je l'ai entouré de douze plots en trois fois
quatre couleurs. C'est une histoire de couronne ou de
sages autour du trône ou de petits nains ou de pouvoir
s'asseoir si l'on est un enfant. |
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Cela a
maintenant une allure de jardin japonais. Quelque
chose de vraiment concret dans le concret. J'entrais
dans une église, dans la représentation symbolique de
quelque chose me dépassant. Je prenais l'appareil
photo pour en garder une image. Je chassais quelques
mouches. Les hirondelles piaillaient, rasant le toit
de la maison. Un papillon est venu se poser sur le
jaune et une grande sauterelle verte au milieu du
dossier rouge. Elle était agile. Ses pattes crochues
s'accrochaient dans la cire à la verticalité de la
paroi. Ses longues antennes balayaient l'air. En voilà
une surprise ! L'art intéressait la demoiselle. Je
pris quelques photos, mais n'avais qu'un petit
appareil et doutais fort du résultat. La sauterelle
s'agitait. D'un bond, elle vint se mettre sur un coin
des poutres, ce qui me valût un joli déclic
photographique. Mais bientôt, élastique et
imprévisible, elle disparut dans les herbes du pré. |
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Il
faudrait aussi parler des Muses et des Grâces. On
n'érige pas une sculpture aussi abstraite soit-elle
sans un rapport au caché de l'univers, au non-dit du
discours, à la béance que laisse justement
l'abstraction de la chose manifestée. Dans cette
béance se faufile notre rapport au secret de notre
inconscient, à nos convictions culturelles, à la vie
surnaturelle. La muse se tait. Elle n'accompagne que
de manière sporadique, et généralement au niveau de
l'être, en pleine parole et sans preuve matérielle. La
croira qui veut ! Cependant, si création il y a, si
preuve matérielle lui est fournie de son
existentialité d'au-delà de l'écran du réel par une
sculpture, une musique ou un poème, un risque
délibérément pris sur le langage, alors la
manifestation de l'Autre, intrinsèquement attaché à
l'oeuvre mise en jeu, se fait sentir en tant
qu'ouverture au jeu de la parole. L'enfant sourit à
son propre désir. |
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C'est une drôle d'alchimie.
Gracieux ou diabolique sont en nous et nous possèdent.
La Grâce est désirée et reconnue comme Autre ou comme
essence du divin. Le Diable fait peur et est
généralement refoulé au plus profond des abîmes de
notre petite personne. Devant le Noeud Borroméen qui
prend sa place là sur la colline, sous le ciel et le
soleil, et qui brûle de sa vérité colorée comme un
buisson ardent dans le désert, je me pose la question
de la manifestation du divin dans l'oeuvre ou de
l'oeuvre et de sa manifestation. La rendre réelle, est
l'acte du divin. La laisser parler, agir sur nos
consciences, est acte de conservation ou de
transmission. L'exposer est le risque de la foi. |
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Dans
cette foi, l'oeuvre vient parler d'elle-même. Elle
vient s'habiter, témoigner d'une habitation
intrinsèque. Il a fallu y croire pour la représenter.
Maintenant, il suffit de l'écouter. J'ai eu le temps
dans ma vie d'artiste d'être à l'écoute et de mettre à
profit la gymnastique que demande la représentation
d'une figure. Faire un triangle est une chose simple.
Mais dire à une chose de trois angles et trois côtés
que c'est un triangle, c'est s'approcher d'une vérité.
Y mettre un nom, est de l'ordre du symbolique et clôt
un discours. Or une vérité aussi simple que celle d'un
triangle, dans l'activité artistique, cela paraît
toujours corporé. |
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Certes,
la vérité du triangle fait partie du corps de la
géométrie, qui fait partie du corps de la
mathématique. Mais en tant que tel, le triangle dans
sa représentation fait corps d'une idée et donne un
corps à une chose qui a trois angles et trois côtés.
On se rend compte de la force de cette corporisation
de la vérité lorsque l'on essaie de représenter des
choses plus compliquées. À commencer par un tétraèdre
qui est déjà un polyèdre, un volume qui fait appel à
une "solidification de la sphère", comme on dit chez
les pros ! J'essaie de défendre là une position
antroposophique du corps de la vérité, ce qui est un
double sens, puisque antroposophie veut dire corps de
la sagesse. Aller plus loin, sera dire qu'il n'est de
corps de la vérité qu'en tant qu'écran du refoulement. |
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La
question de la Grâce en tant que manifestation de
l'Autre ou sublimation de l'Autre bien au-delà de
l'oeuvre artistique mais à travers elle, se pose
naturellement aux abords des vérités de la géométrie.
Est-il utile de rappeler l'inscription de Platon
au-dessus de la porte du Lycée : "Nul n'entrera s'il
n'est géomètre". Celui pour qui la devise était "Rien
de trop", continue à faire réfléchir. Mais aussi
l'entête de l'éthique de Spinoza "Ordine geometrica
demonstrata". Ou revoyons les carrés d'Aurélie
Nemours. L'ordre géométrique impose la vérité plus
qu'il ne la suggère par les principes de la symétrie.
Les structures de l'être s'y réfèrent. |
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Dans
l'ordre des représentations, je ne serais pas un
voyeur mais un voyageur. Au coeur du voir pour donner
à voir, j'inclus l'âge et la question du temps. Ce
déploiement du temps, en tant que vecteur de la
quatrième dimension, ouvrira plus loin vers les
structures hyperspaciales. Mais essayons de voyager
dans les structures simples. Les polyèdres de Platon,
structures en 3D à géométrie régulière,
"solidification de la sphère" à proprement parler, ont
abreuvé de leur essence les platoniciens, nombre avant
eux et plus grand nombre après eux. Ce n'est pas rien
d'avoir présent à l'esprit ces cinq polyèdres avec
leurs corrélations métaphoriques relatives à chacun
d'eux. Elles délimitent autour
de ces vérités symétriques, elles sont vraies en
elles-mêmes et en leur dualité, les éléments naturels
et les sciences qui y sont affectées.
Pour rappel : |
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a
Tétraèdre |
4 Triangles |
- Feu |
Cube - Hexaèdre |
6 Carrés |
- Terre |
Octaèdre |
8 Triangles |
- Air |
Icosaèdre |
20 Triangles |
- Eau |
Dodécaèdre |
12 Pentagones |
- Éther |
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Mais
où est donc passée Tettigonia ? Elle est là, sur
l'écran du refoulement, enfin, sur l'oeuvre, enfin,
sur le Noeud Borroméen alias Fauteuil d'Isis. La photo
était floue. L'appareil était un pocket et le film
diapos. Sur papier, ce n'est pas utilisable et j'avais
besoin d'une image pas trop sotte pour une invitation
d'exposition. J'étais très désemparé et revenais sur
la colline avec une photo floue et pas de sauterelle
en plein octobre. Je regardais encore une fois mes
photos ratées et sortais de la maison. Sur le pas de
la porte, sur la grande dalle en grès, elle était là,
toute essoufflée, déjà endormie. |
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Elle a
passé la nuit dans un bocal avec de l'herbe. On a
discuté. Elle avait encore bien de la force pour
sauter et tenter de s'échapper. Mais au matin, elle
était plus calme. Par chance, le ciel était bleu. J'ai
ressorti les trois grands rectangles, monté
l'ensemble, et cette fois muni d'un bon appareil,
cherché la sauterelle. Elle
a été formidable, une vraie professionnelle de la pose
artistique. En fait, elle n'avait plus la force de
réaliser ses grands sauts de cinq à dix mètres, mais
était encore assez vivante pour agiter ses grandes
antennes et assurer son équilibre sur ses belles
pattes de danseuse. |
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On
a passé une heure ou deux à chercher l'angle et la
pose. J'ai vidé un film de 36 photos, et me suis assis
dans l'herbe, mesurant la chance et l'effort du
travail accompli. En haut du fauteuil, elle bougeait à
peine ses grandes antennes. Je l'ai prise entre deux
doigts et l'ai posée sur le tissus du pantalon. On a
bien eu quelques mots tendres tous les deux. Elle
avait accompli son destin et avait offert les grandes
équerres de ses pattes, sa belle tête carapaçonnée et
la délicatesse de ses antennes comme la figure de
proue d'une caravelle. Je sentais que c'était son
dernier souffle. Un chant du cygne. Elle ne bougeait
plus. |
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Ce
qu'il y a de long dans les histoires, c'est l'attente.
C'est de construire l'espérance. Détachement et chute
de l'orgueil. Je pensais que quand tout est possible,
rien est possible. Un projet est fait de quelques
marches, de quelques pas alignés. L'imaginaire, le
grand fleuve imaginaire qui traverse le pays du réel,
ce Vater Rhein qui n'en fini pas de couler et d'aller
se déverser dans la mer, finalement est à nos pieds.
La seule chose que l'on puisse faire, est de naviguer
dessus ou de construire un pont pour aller voir de
l'autre côté s'il y a quelqu'un de vivant. Il n'est
pas la gloire de la séparation, il est de l'eau en
surplus, un trop plein de la vie. |
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La présence de
l'autre, ça s'applique. On ne joue pas Vivaldi par
hasard, mais parce qu'on l'a choisi. On apprend pas
Rimbaud par ennui mais parce que l'on vibre à ses
métaphores. On s'habille de l'autre, on chante sa
musique sur son instrument, mais c'est plutôt que
l'autre chante à travers nous. C'est un honneur que
l'autre nous fait en nous prêtant sa musique ou son
poème. Bien souvent ils sont morts. De toute façon,
ils sont déjà inscrits dans leur oeuvre. Alors, c'est
une grâce, un abandon de l'autre en nous-mêmes. C'est
littéralement un don si nous savons le recevoir.
L'Autre est virtuel à notre personne et cette
étrangeté, cette virtualité, cette altérité s'applique
en nous-mêmes. Il y a peut-être des exercices à faire
pour entendre ainsi les arbres, les oiseaux de nuit,
les fleuves ou les sources, ou les profondes voix
mythologiques, les résonances du prochain. Isis parle
en toute femme. Christ est toujours près des Emmaüs. |
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J'avais
sur la colline d'autres poutres à assembler. Je
voulais illustrer le début de l'espace courbe. Quand
Einstein, en 1905, écrit la Relativité Restreinte, il
lie déjà l'espace au temps dans une même entité, au
niveau de l'atome. En 1915, il écrit la Relativité
Générale et étend sa théorie au cosmos. Il considère
un espace à quatre dimensions qu'il appelle
[espace-temps] et dit qu'il est relatif par rapport à
la vitesse de la lumière. C'est la célérité du photon
qui détermine l'existentialité de notre univers. S'il
n'y avait pas de temps, l'espace s'effondrerait sous
sa propre masse. S'il n'y avait pas d'espace, le temps
n'aurait rien où se déployer et ne pourrait se
constituer. Je pense cependant que le temps englobe
l'espace et qu'il en contient la moindre parcelle. Par
la vitesse de l'onde lumineuse, l'espace se lie au
temps et le temps à l'espace. Un lieu sans aucune
lumière, pas même un souvenir, n'aurait pas de temps
et pas même d'espace. Ce n'est plus un mystère, c'est
l'effondrement de l'espace-temps au niveau des trous
noirs. |
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En
1915, Einstein démontre théoriquement que l'espace se
courbe aux abords des grandes masses et de la vitesse
de la lumière. Il exprime ainsi le caractère
géométrique de la gravitation. C'est quatre ans plus
tard que la preuve est faite par l'expérience, lors de
l'éclipse du soleil du 29 mai 1919, où l'on a pu
observer des étoiles situées derrière le soleil. Les
photons suivant la géométrie du champ gravitationnel
avaient contourné le soleil, qui par sa très grande
masse influe sur le champ, courbant ainsi l'espace. Au
même moment historique, le graveur hollandais M.C.
Escher commençait à graver des escaliers hélicoïdaux
et des fontaines perpétuelles. Il s'agit de la même
courbure de l'espace. Le plan est soumis à une
torsion, centrée par le soleil ou par les lignes de
perspective qu'utilise Escher. |
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On peut construire un plan à
la manière d'Escher en prenant trois crayons et
réalisant un triangle sur une table. À chaque angle,
on met un crayon au-dessus de l'autre. On obtient
ainsi un triskel dont on a parlé dans le Noeud
Borroméen. Selon que l'on place les crayons dans le
sens des aiguilles d'une montre dessus-dessous, on
obtiendra un triskel qui tourne à droite, ou à
gauche si on les met dessous-dessus. Ce triangle est
un plan eschérien. Avec quatre crayons, on fera un
plan carré eschérien. Ces plans sont plus ou moins
courbés selon le rapprochement des crayons. Ils sont
hélicoïdaux, ils suivent le dessin d'une hélice et
ont un sens, à droite ou à gauche.
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On
peut ainsi construire avec six segments un tétraèdre
eschérien. Si on y arrive, ce n'est pas facile, les
quatre triangles tourneront dans le même sens. Avec 12
segments, on peut faire un cube ou un octaèdre
eschérien. J'ai mis plus de quinze jours à trouver
comment faire un octaèdre. Cube et octaèdre étant
duaux, (un cube est inscrit au centre des faces d'un
octaèdre et inversement), on pourrait passer d'un cube
eschérien à un octaèdre eschérien par glissement des
arêtes l'une sur l'autre. Les sommets d'un cube ont
trois arêtes. S'ils s'ouvrent, ils formeront des
triangles. Les faces carrées se fermeront et seront
les sommets à quatre brins d'un octaèdre. Un cube dont
les faces sont à droite, a les sommets à gauche et
donnera un octaèdre, faces à gauche. Quand je serai
équipé en logiciels 3D, je construirai des films
d'animation dans ce genre. |
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J'ai
choisi de construire un cube eschérien en poutres
longues de 1 mètre et de section 10x10 cm. Croiser 12
poutres de cette taille ne s'improvise pas. J'ai
commencé par prendre des baguettes de 4 mm et à faire
quelques cubes en 4 cm. C'est déjà un joli petit tour
d'adresse que de réussir à coller 12 petits bouts de
bois en une figure symétrique et régulière.
J'alternais cube tournant à droite et à gauche. Ceux
dont les faces tournent à gauche sont plus faciles à
réaliser pour un droitier. Il est à noter que dans un
cube eschérien, il y a un changement de spin (sens de
rotation) à chaque changement de dimension. Un cube
dont les faces tournent à droite, aura un espace qui
tourne à gauche (hélice des x, des y, des z). En
redescendant l'échelle, on peut déduire : espace G,
faces D, arêtes G, point D, et inversement pour
l'autre sens. Mais qui me dira qu'un point dans une
droite est orienté ? |
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J'ai
cherché à vous voir, mais vous n'étiez pas là. Vous
étiez en mon âme, vous parliez à voix basse dans un
silence pesant. Je n'avais pas à regarder car ce que
vous donniez, était votre regard. Nous avons vécu en
communauté relationnelle. Cela ne s'invente pas. C'est
uniquement donné. Les nuages ont une présence. Les
arbres ont une force de tendresse. Les ouvertures de
la figure n'appartiennent qu'à la figure. Il est
absolument certain que personne ne peut s'aventurer
sans invitation sur un chemin courbe et sinueux, où la
vérité est bien souvent, pour ne pas dire toujours,
liée à une perte. La figure s'applique en sa
représentation au lieu vide, au lieu saint et entouré,
préservé au coeur de l'être en temple du Nous. Seule
l'invitation y mène. Et la figure, dans son hégémonie
en est maître. |
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J'ai
choisi de mettre en couleurs les petits segments de
mes cubes eschériens. Il y a 12 segments. 12 = 3x4.
Avec 3 couleurs, on peut montrer les trois directions
de l'espace: hauteur, largeur, profondeur. Cela donne
un cube eschérien fait du croisement de trois hélices
à quatre brins. Avec quatre couleurs, c'est plus
intéressant. Chaque couleur aura un segment dans
chaque direction de l'espace. 3 bleus, 3 jaunes, 3
rouges, 3 verts. On peut jouer à resserrer le cube sur
lui-même. On obtiendra une étoile à quatre triangles
enchaînés. |
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J'ai augmenté la section des
segments. 10 mm, 18 mm, 3 cm. Il y a une petite
feuillure à tailler pour permettre le croisement des
segments. La profondeur de la feuillure n'est pas
proportionnelle à la section et à la longueur des
segments, mais à la masse de l'ensemble. C'est comme
pour un escalier, plus il tourne serré, plus les
marches sont hautes et étroites. Déterminer la hauteur
de la feuillure était hors de mes connaissances en
calcul. Cela doit être possible avec la trigonométrie.
J'ai fait ça à l'œil, corrigeant si nécessaire. Pour
une section de 5 cm et des poutrelles de 5O cm,
j'employais des clous de guidage au centre de la
feuillure et de très nombreux élastiques pour le
serrage. Toutes les feuillures bien encollées, on a le
temps de tout mettre en place et de bien équilibrer
l'ensemble avant de laisser sécher. C'est une journée
de patience. |
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Les
poutres de 1 m m'impressionnaient. J'ai bien préparé
chaque poutre. Taillé la feuillure à la scie et au
burin, raboté les angles, poncé les faces en bois
debout et l'ensemble. J'ai peint les 12 poutres avec
les 4 couleurs et ciré chacune. J'ai prévu deux trous
par poutre pour de longue vis de 12 cm qui
maintiendront l'ensemble. Je n'ai pas pu le monter sur
la colline, car la maison ne l'aurait plus lâché, la
porte est trop petite. Je l'ai monté à l'ombre de la
Cathédrale à Strasbourg. Il trône maintenant dans ma
cuisine. ça s'est passé sans problème, comme une
lettre à la poste. Mais ce fut une journée euphorique.
J'étais un peu ivre et quelques anges ont dû chanter,
s'appliquant à suivre la chose ainsi manifestée. |
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Aujourd'hui,
j'ai marché dans la neige. En pleine forêt, quatre
cerfs se suivaient au galop. Ils avaient des bois de
cinq à dix cors, de vraies branches sur la tête. Ils
ont traversé le chemin derrière moi, montant vers la
montagne. Plus loin des chasseurs semblaient les
chercher. Je n'ai rien dit. Le sommet cachait ses
Alpes dans la lumière de midi. Le froid piquait le
visage. Je marchais vite. J'entendais les muses mais
ne croyais que la foi, la nature immobile pétrifiée
par le gel. Au soir dans la nuit sous la lampe, j'ai
découvert qu'il y a deux possibilités de Noeud
Borroméen avec trois couleurs. Dans l'un, le bleu est
dans le rouge qui sera dans le jaune. Dans l'autre, le
bleu est dans le jaune qui sera dans le rouge. C'est
fondamentalement différent. Si le bleu reste
transversal, Isis ressemble au dossier rouge, Osiris
ressemble au dossier jaune. Ein Ehepaar. De plus, pour
chacune des solutions, il y a trois manières de le
poser. Cela fait six solutions. La vérité n'a jamais
aimé être dévoilée. Je me sens très humble devant un
tel ordre des choses. |
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Madame,
comme vous êtes loin et proche. Quoi que je dise,
quelle que soit ma plainte ou ma jouissance, vous en
êtes la source, la cause, la fonction. Si je vous
cherche, je ne vous trouve pas, si je me cherche, vous
êtes mes mains, vous vous trouvez dans ce que je
représente, si je vous prie, m'entendez-vous, si je
regarde les arbres, vous parlez de vous-même. Quelle
nuit a été la mienne d'attendre votre présence ?
L'imperception de votre regard se pose en moi-même.
C'est en moi-même que je vous aime. Je suis le temple
de votre présence. Je sens votre main qui me guide au
coeur de la mythologie du noeud. Vous êtes ce noeud
mythologique. Je ne cesse de m'abaisser devant vous,
devant ce savoir qui ne m'appartient pas, car ce
savoir, c'est vous, cette nature, c'est vous-même. |
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J'ai
cherché à trouver ce que représente un cube eschérien.
Il montre clairement les trois directions de l'espace,
et ceci quatre fois. C'est comme s'il était fait de
quatre repères orthonormés. Il en est constitué, c'est
son essence. De plus, il représente déjà une courbure
de l'espace par le simple fait que les repères sont
dessus-dessous. Certes, cette courbure ira
s'augmentant au fur et à mesure que l'on resserre le
cube. Il décrit une onde en tous cas fermée autour de
lui-même. Chacun de ses plans écrit une onde en boucle
avec quatre sommets et quatre creux. Je pense
étrangement à la structure du photon: "onde et
particule". À la vitesse de 300 000 km à la seconde,
ce qui est une constante existentielle du photon,
qu'est-ce qu'il peut bien contenir d'information, de
mémoire, de données topologiques. Je ne suis
malheureusement pas docteur en sciences physiques,
mais c'est un sujet où la recherche mérite d'être
poursuivie. |
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Un
peu plus loin, je vois le photon comme un objet "a".
Jacques Lacan a intitulé un de ses séminaires – le
regard comme objet "a" – Le regard, c'est plus que de
la lumière, c'est chargé de l'intention de celui qui
regarde. C'est porteur du corps et en particulier du
corps imaginaire. L'objet "a" est onde et particule.
Cela ne se construit et ne se détruit qu'en langage,
en corrélation signifiante. De là à dire que la
lumière du soleil est le regard de Ré, notre vie s'en
voit transformée. Je plaisante, mais les mythologies
m'ont l'air infiniment plus riches que de simples
histoires. |
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Sans
aller plus loin, Tettigonia est sortie du pré. Elle
est venue du jour pour se poser sur ma nuit, mon
oeuvre. Elle a transformé la chose. Elle y a posé
comme un regard, une présence. Elle m'a fasciné par
son étrangeté à l'oeuvre, son incongruité dans le
tableau, sa représentativité ludique au-delà de toute
concrétion plastique. J'étais l'orgueil de mes
poutres. Elle venait comme presque rien, une perle
d'ailleurs, un brin de lumière, une occasion de
charme. Elle a détourné mon intention d'établir une
entité totale et imbue d'elle-même. Dans le champ du
spectre, elle m'a indiqué une autre respiration, une
gravitation de sauterelle, un élan de danseuse. Elle
semblait agir au compas, déterminer sa possessivité du
lieu, et s'évanouir au loin, telle Mélusine chargée de
son destin. |
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Je
l'avais perdue, et elle me revenait pour abandonner
son dernier souffle. Elle me laissait son âme comme un
vide en moi-même. Elle restait comme une flamme qui
n'avait pas brûlé du feu mais d'une autre volonté,
d'un autre désir, ou comme une note qui n'avait pas
été dite. Le compositeur a mis un silence pour
entendre ce qui n'a pas besoin d'être proféré. Cette
place a un nom, et elle se découvre dans les lois
universelles. Elle n'est pas la mort, elle est une
porte qui ouvre plus loin le champ des
représentations. |
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On peut appeler ça la
castration symbolique. Il y a déjà beaucoup de
littérature sur cette question. Le langage reste le
roi, en dépit de nos sexes, de nos régressions, de nos
hallucinations, de nos écrans. Le sujet se barre dans
la chise de son désir. Le sujet fait une révérence à
tous ceux auxquels il se réfère. Révérant, référent,
déférent. Le transfert s'accompagne de tout le travail
de défrichement nécessaire. Même avec un violoncelle,
un burin ou un pinceau, il y a un sujet supposé
savoir, quelque part un Bach, un Vermeer ou un
Charlemagne. Nous avons tous droit à une
identification. C'est ça la castration symbolique,
c'est la révérence : je vous salue, Dame beauté. |
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Je ne
sais comment cela est arrivé. Un professeur, voyant
mes premiers polyèdres, m'a demandé de réaliser des
empilements de tétraèdres. Correctement réalisé, cela
donne une Hélice de Coxeter qui décrit une ligne
droite en hélice à trois brins. J'avais bien collé
cinq, six tétraèdres à la suite et par erreur, le
septième s'est mis sur une face qui aurait dû rester
libre. J'ai continué, mais l'hélice décrivait une
courbe. Avec persévérance, j'ai pu empiler ainsi 96
Tétraèdres et fermer une roue strictement plane. Quel
tohu-bohu ! J'avais vraiment trouvé quelque chose. Les
professeurs de l'Université sont venus faire des
commentaires. L'un d'eux, par calcul matriciel sur son
ordinateur, a prouvé que la roue est bien plane. Mais
elle ne ferme pas. Il y a un angle de 6°36'11''. |
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Cet
angle a été appelé par les physiciens "la frustration
géométrique". Déjà avec cinq tétraèdres autour d'une
même arête, il y a un angle de frustration. Ou bien,
un icosaèdre dont on essaie de faire des vingt
triangles reliés au barycentre, vingt tétraèdres: ça
craque comme l'écorce d'un marron. C'est par de tels
systèmes que les structures moléculaires passent d'une
organisation qui se frustre en 3D vers une
organisation régulière en 4D. Cette frustration est
une "castration symbolique" de la matière vers un
système cohérent en d'autres dimensions. |
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On trouve aussi
cette frustration dans le cycle des gammes musicales.
Un instrumentiste à cordes joue sur le modèle de la
gamme pythagoricienne. Ce système est construit sur
l'échelle des quintes naturelles. Les valeurs y sont
rationnelles. La quinte vaut un rapport géométrique de
3/2. Si l'on veut accorder un clavier et jouer dans
toutes les tonalités, ce système est inadéquat. La
douzième quinte qui devrait donner la même note que
celle de départ sera plus haute d'un comma. J.S. Bach
a résolu le problème en écrivant le clavier bien
tempéré. L'octave est divisée en douze demi-tons
strictement égaux. Le demi-ton tempéré est la douzième
partie de l'octave et donc la racine douzième de 2. Cette valeur est
irrationnelle. Le tempérament est une défrustration du
cycle des tonalités. La première roue que j'ai
construite, était fermée sur elle-même. J'avais très
peu réduit les barreaux à gauche et à droite et le
tour était joué. J'ai réalisé depuis une roue de 2,07
m de diamètre avec des arêtes de 20 cm. J'ai obtenu
une frustration de 15 cm avec une grande précision. |
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Il est
à noter que 96 est un chiffre parlant. 96 = 3x32. Il y
a 32 pétales à la rosace de la Cathédrale de
Strasbourg comme à Notre-Dame de Paris. Avec trois
tétraèdres, on forme un bateau dont un tétraèdre fera
la quille, l'un la proue et le troisième la poupe. On
a donc 32 bateaux pour faire une roue. Toutes les
quilles forment la circonférence de la roue en un
trente-deux-gone. Les proues et poupes sont
respectivement l'une contre l'autre.
Quatre-vingt-seize, c'est aussi: 96 = 12x8. Si la roue
forme le cadran d'une montre, cinq minutes seront huit
tétraèdres. Si la roue forme les demi-tons d'une
octave, un demi-ton sera huit tétraèdres, ce qui fait
deux bateaux + 2/3 de bateau. Plastiquement, la
frustration de 6°36'11" semble être l'exact comma
manquant au tempérament. Sauf que c'est dans l'autre
sens. Les quintes pythagoriciennes montent le si# plus
haut que le do. La roue est donc fermée d'un comma de
trop. En résumé, harmoniquement, la roue se chevauche,
avec tempérament, elle se boucle, et géométriquement,
elle est ouverte. |
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Comme elle était belle,
étendue sur son lit de verdure, dans sa robe blanche,
parsemée de roses. Les parfums caressaient son visage.
Elle semblait irréelle, nimbée de lumière. Ses
entrailles étaient dans un vase. Le vase était une
cruche. Les hommes buvaient et n'avaient entendu qu'un
ordre de mouche. Les mouches se suivaient comme des
nuits. L'ordre était noir et divulgué. Il dépassait
les limites, il englobait. Et rien n'était resté du
sombre repas des trépassés. Elle semblait dormir et
c'était un marbre, un spectre, une aurore dans une
perle de rosée sur une toile d'araignée. Le jour
n'avait fait aucun bruit. Il descendait. Il remontait.
Il s'effaçait. Elle ouvrait les yeux. |
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On
pourrait se demander ce qui passe dans le noeud, ce
qui souffle dans les branches, ce qui vient se mettre
dans le tore de l'écriture ou de l'art ou de la vie,
le tore comme la roue de la fortune ou du destin, mais
au cœur de la roue, dans l'ouvert, puisque le tore n'a
pas besoin d'un axe, mais qu'il passe et trépasse et
va plus loin rejoindre d'autres galaxies ; on
pourrait se demander ce qu'il en est de la frustration
et de l'objet de lumière qui vient en boucher le trou,
et de l'univers du photon, danseur émérite, coinceur
de l'espace temps ; on pourrait se demander ce
qu'un transfert anime quand il met le supposé plus
loin que soi et que tout ce soi revient en soi pour le
dire, que l'on avait cru bien faire en agissant si
petitement... |
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