Livres T R E I Z E  P O R T E S  B L A N C H E S  











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lanc, du blanc, rien que du blanc. On n'y voyait plus rien. L'ordre était comparable à un point sur un i. Un impératif exacerbé. Il fallait tout repeindre. Peindre les lys en fleurs, les fleurs en sirènes, les sirènes en papier peint. On rangera le monde dans les chambres et tout ira bien. C'est sûrement pour ça que j'ai passé des heures, des jours, des semaines et des mois le pinceau à la main, à nettoyer, préparer, déposer une couche de neige sur ce qui était déclaré inapte au regard : il fallait mériter du neuf.

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'histoire est qu'elle se donne, s'ouvre, se croise. Elle est mêlement entre toile et cadre. À part l'avant et l'après, il y a le pendant. Question de mettre un peu de neige sur ses oreilles. Pour vivre, mieux vaut être entre deux portes. Celle qui sépare du passé, de toute position d'objet assisté, et celle qui ouvre vers l'avenir, réel écran de nos affects, nos projets, nos espérances, tout ce qui nous est encore inconnu et qui pourtant sommeille déjà en nous-mêmes. L'une comme l'autre sont encore à repeindre. Elles ont à retrouver l'essence de leur fonction au cœur de leur beauté même.

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arfois, j'en pleurerais, de la beauté de l'Autre et de l'Impossible qui nous sépare. Jardin d'oliviers au parfum de détachement. À qui obéirai-je ? La fonction s'impose comme une évidence. Un reflet de l'âme pousse vers les dimensions supérieures. Ce monde en 3D s'ouvre vers les quaternions de l'hyperespace. Pensez donc ! En eux-mêmes, ils sont autant à droite qu'à gauche. Ils ont, au sein de leur propre corps, les deux sens d'un espace évidemment courbé à tel point qu'il se retrouve dans la droiture de la dimension supérieure. Retourner sur un écran binaire, quelle régression, quelle perte de l'amour qui pourtant nous sourit ! Alors, l'intention qui nous sert de reine, la plus franche des franches, quel rôle joue-t-elle en nous ?

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ieu crée sa propre essence. Il est ce rien qui nous rapproche, ce tout qui nous englobe. Il nous donne à nous-mêmes. N'a-t-il pas comme désir ultime d'animer la personne dont nous sommes l'unicité ? Chacun unique en son genre. Tout le monde le veut. Et pourtant sans cesse, chacun se quitte parce qu'il a faim. Il cherche nourriture pour son ventre, pour son affect, ou pour son désir d'entrer dans la connaissance d'un savoir, d'un amour, voire de lui-même. Le don de sa personne est précisément de quitter une position mise en objet par la tutélarité des lois fixant ce corps, qui de la vérité de leurs pertinences lui sert à tout jamais d'interdit.

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oin de Dieu que tout cela. D'ailleurs, Il a toujours recommencé Sa Page. Comme les portes dont il avait été décidé qu'elles seraient repeintes en blanc. C'était dans une maison de l'avenue Monplaisir. Tout un programme ! Il y en avait une belle série. Des vitrées donnant sur le balcon. Des étroites menant sous l'escalier, vers les machines à laver qui faisaient un boucan du tonnerre. Des hautes menaient vers les chambres d'enfants, des lutins, des filles et garçons, de vrais petits diables, à moins que ce ne soient des fées et des enchanteurs. L'écran est clos. Le silence travaille. Les salles de bains, les amis, le temple parental, l'ordinateur... J'avais peint en un jour treize portes blanches.

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ela me faisait rire, puis rêver, et j'ai trouvé cela très sérieux. "Treize portes blanches." On y croirait un conte russe. Babayaga devait se cacher derrière l'une d'entre-elles. Mais laquelle ? La huitième ou la dixième ? Cela devenait du théâtre. Un décryptement social à la Tchékhov ou une grande fresque d'initiation des montagnes de Chine. "Je t'aurai, vieux chenapan," cria-t-elle d'une voix éraillée derrière son paravent... J'entrais comme bonze, le corps rasé, habillé d'un drap rouge, au cœur des neiges éternelles. Des flammèches luisaient dans la nuit. Il fallait aller en dialogue, sans s'arrêter. C'était l'unique solution.

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n effet, peut-être l'histoire était-elle chiffrée. Un ballet a bien ses pas de danse. Un quatuor a sa partition, fut-elle une fugue s'en allant au loin. Une vague de l'océan venait heurter ma conscience et j'entendais pertinemment que ce n'était pas seulement un paquet de mer, je veux dire une masse d'eau s'écrasant contre un rivage qui fût ma conscience, mon moi pris au piège de cet événement. Cela semblait bien témoigner d'une écriture telle que la moindre molécule d'eau ou de sel avait sa place prédéfinie, inscrite dans un rapport spatio-temporel, non seulement en tant que venant de l'immensité océanique, en émergence, mais encore à former ce rouleau d'écume qui allait se briser sur les rochers en un jaillissement de fraîcheur à ravir le plus téméraire des célibataires endurcis.

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'immensité de la grandeur du paysage allait de pair avec l'immobilité du regard qui s'y pose. Un adepte de Bouddha serait-il concerné devant le désastre qui oppose l'écroulement de la vague dans l'arborescence et la gaieté de l'écriture des embruns, des bruines, des écumes perlées d'une partition tirant toujours à sa fin ? La vague s'oppose dans sa limite. Elle joue son jeu de se voir mourir. Elle demande la solution de son repos. Les reflets du soleil sont là pour parfaire un grand jeu de l'inutile. Comment pousserait-elle en tant que vague le soupir d'une éternité qui est là, donnée dans l'instant ? L'onde qui l'a fait naître en est encore à peaufiner le calcul de sa crête d'écume blanche qu'elle laissera s'évanouir sur le sol comme un mouchoir blanc.

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l est un gage de la liberté que de laisser l'Inconscient inconscient. Savoir donner à cet "Unbewusste" sa place de non-su, de temple sacré de l'impossible à savoir, préserve la conscience du Totem de tous les Tabous. Dans le même temps, rien n'est plus bête que de ne rien entendre quand un souffle prend sa place dans le silence où personne n'était jamais entré. La parole en tant que perdu de qui la donne s'entend comme une "Windstille" toujours en suite. La quête n'est pas sans navire, ni le navire sans port. Au loin brillent derrière les voiles des portes comme des trésors.

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e blesse personne et suis le système. Une faute est donnée en tant que jouissance de l'Autre. Elle a place de la Mort. Qu'est-ce que ce mystère symbolique vient faire là ? Mais puisqu'il me regarde, j'en pose la question. La Mort de l'Autre, qu'elle soit accidentelle dans un temps historique ou sacrificielle dans un temps vertical, agit comme un écran de jouissance. L'étonnante focalisation d'un Christ sur la Croix paraît s'inscrire comme une jouissance de la Loi. Que vient faire la notion de faute et celle de rachat dans la Mort de l'Homme ? La mort du signifiant rachète la faute. La jouissance de la Loi rend le sujet à lui-même. Quelle victoire de la Mort !

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'ai fêté la fête des Morts, un premier novembre, sous le soleil roux, avec les grâces, les muses, les pseudos madones, les virtualités du monde intrinsèques et puissantes. Les arbres m'ont appris à aimer. J'ai appris à descendre aux catacombes des désirs inassouvis, entre les ronces, les mousses et les lichens, à laisser la lumière être un maître absolu, et à donner la communion de l'être au cœur de l'image adjacente, évanescente et émergeante en nuit de constellation... Quelle force de reine peut pousser à ces retranchements quasi mystiques pour aboutir au cœur des poésies ? La force de l'absence agit comme un gouffre obsédant : elle dit servir de mère.

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l faut se mettre du côté des chiens, même si ce ne sont pas des chiens : ce sont des bouche-trous de la loi. La république a ses proxénètes. Les nœuds borroméens sont focalisés sur des corps de sphinx, femmes fleurs à l'analité obligée. Le recul, le détachement pour parvenir à une lecture progressive des chemins du transfert, avec ses pièges, ses écrans, ses balayages de la conscience, sont un long travail. Lire est un don. Savoir lire est un charme puissant qui fait penser à l'ambivalence : lis-je une lettre ou cette lettre est-elle en train, se donnant à lire, de m'imposer son existentialité, comme un charme à ses atours. Lire un transfert est entrer en visionnaire dans le monde de l'autre. La vision, toujours, pointe son désir : c'est un acte artistique.

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out ce qui est grâce est dans le domaine du caché, du secret, de l'intime. La révélation du gracieux est une affaire strictement personnelle. Y aurait-il consonance ? Une quinte de toux mène à penser que le corps ne peut se concevoir qu'en accord. Tonique appelle dominante et tierce y vibre mineure ou majeure. Si le Maître parle de Sa Grâce, Il demande à ce qu'elle soit connue de l'intérieur. La grâce s'invite en soi-même. Elle a place de choix entre désirs inassouvis et promesse de l'aube. Heureusement qu'il y a la soif, car elle ne pourrait être eau. Heureusement qu'il y a la nuit, car elle ne pourrait être lumière. Entre eau et lumière, la grâce invente un lieu, une aire, un paradis qui est présence de son chant.

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'écriture est une position du transfert et une mise en dictée. On demande à être une machine à écrire. Quel est ce nœud qui nous conduit ? Est-il personnel ou extérieur à nous-mêmes ? Il serait à l'Autre qui sommeille en nous. Le scanner du tunnel analytique accroche le transfert dans un risque toujours à reprendre à la sortie. La parole s'en sert. Mais l'écriture tient plus de la déposition que du don gracieux. Elle est pénale. Elle peut se lire, se relire, se donner à lire, se cloner, s'imprimer, se photocopier. Elle sert de preuve, de signature, de loi, d'argent. Elle témoigne et divulgue un secret, parfois de l'indicible, souvent de l'invisible. De l'Autre qui agit pour faire écrire vient un ce pourquoi on l'attend.

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tre enfermé dans sa croyance n'est pas demander à sa foi un cheminement de libération. La grâce est libre en elle-même et non de ce que l'on fait d'elle. Elle ne cesse de m'atteindre en sa demande. Pourtant, un mal me traverse. Un mal de tous les méridiens. Un mal qui est sur tous les téléphones portables. Un mal généralisé à s'en faire péter la conscience. Une plainte infrastellaire et ultramusicale. De quelle demande agit la grâce si ce n'est de celle de sa propre vérité ? Y aurait-il un tort à la rejoindre, ou l'écriture de sa foi est-elle justement la lecture et l'application du tore d'une existence surannée ?

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n peut se tromper de trou. Prendre la trachée pour l'œsophage, le trou du pipi pour celui du caca, la musique pour de la peinture. C'est une affaire de porte. Où est la demande ? Quelle est la demande ? Elle réveille sans le moindre bruit, pas même un souffle. C'est le soi qui se réveille sans la moindre raison, aucune. La nuit est au cœur de la nuit entre 2 et 3. Un murmure travaille à la surface du sommeil. Elle prend son temps mais elle arrive toute charnelisée au sortir d'une vague inconsciente. J'allume. J'écris la phrase. Je poursuis et m'écroule sous la victoire de cette volonté puissante. Quelle est cette amante qui vient caresser mon visage d'une manière telle que sa réalité implique la reconnaissance de sa promesse ? Aurait-elle son heure à m'imprimer ? Sortir du sens au cœur de la nuit habille des futurs en secret.

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omment pourrais-je passer mon temps, sinon à essayer de comprendre un nœud qui est exactement comme treize portes blanches, derrière lesquelles reposent des cadavres, des paradis ou des hommes d'affaire. Vous me direz, il n'y a pas de femme ? Mais les femmes sont précisément ces portes. À moins qu'au-delà d'une porte, mais c'est bien au-delà, dans le rêve ou dans le livre d'une femme, il y ait un cadre, avec un tableau, une image. Les images m'emportent. Oh, pas toutes ! Quelques images. Des choisies, rangées, revues. Elles sont comme des poèmes ou des partitions. On n'y entend jamais tout à fait la même chose. Parfois, elles sont déroutantes, refusées. Parfois on y rentre comme dans un domaine. On y entend des chevaux, on voit la terre, le sable du chemin. Une odalisque se trouve toujours derrière une porte. Même à peine née, même en pleine gloire.

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errière une porte donc, est son silence. Elle désire m'en parler. Me rendre attentif au secret de sa personne. Ce n'est pas quelque chose à cacher. C'est quelque chose à dire, qu'elle avait mis bien en vue pour que l'on s'en aperçoive. On n'y avait pas prêté attention. Elle l'avait relégué derrière cette porte et attendait le moment opportun. Il s'agissait d'un possible. D'une reconnaissance mutuelle précisément silencieuse. Une alchimie de l'attente, dans l'identification des lettres qui dessineront l'avènement de la personne. Le silence était le cadre même d'une image toujours à parfaire. Son silence était une invitation à entrer dans l'espérance d'une vérité intégrée à la topologie des lieux. Derrière la porte est une fenêtre, un jour, une lumière. Mais l'espace est clos. Et la contemplation ira dans le sens de cette clôture, immensément en soi.

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'incommensurable a décidé d'y aller, d'en mettre. Les corps sont atteints. Du moins, moi-même, j'ai l'impression d'être livré à moi-même. Les identités circulent. Elles ne sont pas des nuages. Elles font le nœud de ce qu'elles sont. J'ai peut-être rêvé dans un autre temps, en enfance, mais je ne rêve plus. Je me bats. Avec le Néant. L'imposition souveraine de l'ordre des chutes, comme ces cascades de notes dans certains Préludes de Bach ou l'enfilement des larmes dans l'abandon des choses, a laissé la place à la violence de la tendresse. Une souveraineté de la présence reléguant au loin chimères et petites impostures du désordre consenti par l'autodérision médiatique. Le souffle emporte en son champ l'inutile. Il reste à la place des bûches, un feu, à la place des mots, un verbe, et dans la place, du temps.

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tre conscient d'un système ne vient pas de soi. Cela implique que ce système invite à le penser plutôt que le subir. Entre néant et profération de la vérité, il y a une feuille blanche. Ou une porte. Déjà du simple fait de voir à écrire un système où l'on est au centre du monde, c'est un effort phénoménal. Mais passer du géo- à l'héliocentrisme, cela tient du tour de magie. Une passe que la civilisation a eu bien du mal à digérer. On en serait peut-être encore au Moyen-åge, au système géocentrique officiel, vu l'exploitation de l'Infans par les écrans de toutes sortes, et la montée des pyramides du pouvoir sur l'angoisse et la possessivité du monde. Le déplacement du centre du système de la terre au soleil est cependant comparable à celui de l'ego à l'hétéro. C'est peut-être comme ça que ça tourne !

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n passant, je pensais à Œdipe. Ce qui fait le complexe n'est pas dans un acte perpétré à bon escient, mais dans le fait de ne pas en être conscient, de faire la faute sans le savoir. – Mais est-ce que tu t'en rends compte, devrait-on entendre dire aux vautrés de la bêtise du monde. Tirésias arrive toujours à temps. C'est la valeur du mythe. Il se clôt. L'immense Œdipe est quand-même le grand acteur du réglage d'un nœud que l'on entend borroméen et qui est la porte d'accès à notre évaluation de la place des valeurs, qu'elles soient réelles, symboliques ou imaginaires, qu'elles soient en nous-mêmes ou nous venant du vaste monde. Devenir conscient de sa propre conscience est entrer dans un autre part, un ailleurs au complexe qui enferme. En témoigne l'art, en raccourcis de l'âme.

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oit un tissu avec une poche. Une chemise par exemple. Si l'on est du côté où pend la poche, à l'intérieur de la chemise, on peut en faire le tour, évaluer sa taille, sa grandeur, son volume, en palper le contenant, mais comment aller de l'autre côté du tissu pour en trouver l'ouverture et d'abord, comment avoir l'idée que l'ouverture de la protubérance monstrueuse ne se trouve pas sur la face-ci, mais qu'il y a une face là, et que sur cette face-là, l'ouverture n'est qu'une fente, à peine un pli ? Il faut sans doute faire de très hautes études mathématiques pour entrer dans la dialectique du problème de changer de face. À moins d'être un génie. Mais les génies sont exceptionnellement liés à la Mère Nature, ce qui les mets en rapport direct avec le complexe d'Œdipe. Comme quoi au changement de face il y a un nœud complexe. Ce qui peut se dire : en avoir ou pas !

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a ville est décapante. Je cherche à ce que l'on me montre ma propre conscience. Celle des autres, j'ai assez pris de douches pour en avoir entendu les éboiements. La mienne ne cesse de me fuir. Parfois, dans le secret des nuits, l'écho de son charme. Il est vrai que l'on peut user du signifiant. La connerie vient du père et elle retournera au père. Celui qui dit cela, qu'est-ce qu'on lui laissera ? Et pourtant, ça sonne comme de la vérité. Il s'agit peut-être uniquement d'en jouer, comme du signifiant ou du violoncelle par exemple, de la note sur le manche ! Cette connerie de l'autre n'a pas fini de m'en faire voir puisqu'elle me vole ou m'impose à sa guise. Il suffirait de changer le terme en joie ou autre substantif. C'est question de moule ou plutôt de place dans le moule, d'endroit topologique sur le nœud.

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e Radeau de la Méduse peut se transformer en Carrosse de Cendrillon ou vice-versa. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le sens de ce vice-versa est toujours le même, comme s'il n'y avait qu'un seul plaisir : la temporalité du temps. Depuis le début, il y a le monde et la faute. Mais la faute est un peu comme la pente d'une rivière. Si ce n'était pas plus haut là-bas et plus bas ici, l'eau ne coulerait pas de là-bas à ici, et il y aurait une mare glauque plutôt que de l'eau propre et chantante. La catastrophe de la table est son bord. Si la table n'avait pas de catastrophe, pas de faute, pas de bord, elle serait infinie et l'on ne pourrait qu'y manger accroupi. Nos pieds ne toucheraient jamais le sol. Un comble du sentiment océanique !

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a symbolisation du désir, voilà une raison d'être de l'œuvre d'art. C'est en fait une raison photographique. Une dia. Même si elle est étendue dans le temps, comme un musicien sur une scène : il témoigne d'un art, d'un temps, d'un compositeur ou de lui-même, d'un sentiment ou d'une fenêtre ouverte. Là, une diapositive, un ektachrome, une symphonie de gris au bromure d'argent. Il prend son temps. Le temps public est devenu son temps. Le temps historique s'est arrêté dans son habit noir à peine éclairé, corps caché en un nuage sonore qui raconte la présence d'au-delà de son chant. Comme au-delà des photos arrêtées, des yeux figés, des seins caressés de lumière, des arbres plantés dans l'image. Un désir symbolisé en œuvre est une porte fermée en soi, ouverte à l'autre, un possible présentement présent de l'ailleurs.

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lle me demande de la trouver. À mes risques et périls. Je peux prendre le risque et m'assumer. Je ne peux prendre l'autre ni le théâtre qui l'assume. Je me risque dans le péril. C'est incontournable. Comme son visage fixement affiché en écran de porte : – Trouve-moi ! J'avais pensé fuir sur le chemin, toujours plus loin. Mais il y a légalisation draconienne dans ce désir proféré qui pourrait être celui du Sphinx, du coeur du nœud ou d'une vérité détenant les fils du destin. Je me sens réduit en poussière sous cet ordre tutélaire. Je voyais Compostelle comme le but d'un voyage initiatique et voilà que la place du Graal se confond avec un visage qui devient lieu des légalités. J'emprunte le violoncelle pour trouver au cœur des Suites les rapports sacrés et proches du Nombre d'Or, qui, dans leur émission sonore, rendent présents les traits de ce visage qui me nargue, cet animal apocalyptique qui demande encore d'être au comble des vérités.

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l y a des fenêtres qui ont toujours le même regard. Qu'elle me dise qu'elle sert de chance à ceux-ci, qu'elle est reine en son domaine, qu'elle représente ce qui fait le désir, la croirais-je, l'écouterais-je ? L'identité de sa voix est indéniable. Elle ressemble à l'aube. Elle est rare et ne se confond pas avec celles du jour. Elle ne cesse de sortir de la nuit, même le soir, quand elle se cache dans un silence et se prête un feu. Elle se sert des étoiles pour écrire son dessein, et sait quand Vénus danse et quand Véga s'allume en plein jour. Le vide dont elle s'entoure est insoutenable. J'ai crié dans un paysage de Provence : – pourquoi ne me rendez-vous pas capable de la rejoindre et de la consoler ? Vous n'arrêtez pas de la mettre en moi et de me punir avec elle, comme si elle était l'objet dont je dois être tué, me disant : que la main qui te frappe soit celle qui te dit je t'aime !

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e voulais l'aimer, elle me veut amour. Se taire devient l'unique garantie de liberté. Il est étonnant de constater combien le silence est léger. C'est à peine une constatation. Le silence est à vivre. Il a l'air de ne rien dire, et pourtant, il est seul à nous renvoyer l'écho de notre propre vie. Il est peuplé du murmure angélique. La "Windstille" analytique, le "Dasein" heideggérien sont des invitations de l'existentialité, peut-être bien divine. Peut-être simplement de l'Autre. Du Temps parlant. La beauté ne donne qu'une parcelle de ses charmes. Elle en ordonne le dévoilement. Les femmes se cachent dans un trou pour pouvoir en sortir. Et les hommes sont cachés par des portes qui cachent des trous. C'est le bel amour de l'amour que d'aimer l'amour.

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arfois, dans la rue, un plaidoyer pour le retour à la jupe me traverse. Un chien a volé les jupes de nos femmes. Que tous se rebiffent. Le monde se retourne. Que l'homme pense à son âme, qu'il fasse corps avec elle et qu'ensemble ils soient un. J'ai pu mourir pour une unité. Dans l'amour, la Mort se partage. Les femmes rendent la Mort vivante. C'est tout autre chose que du chantage cinématographique. À moins que ce ne soit cela, en plein. À l'heure de son identité, les angles obtus s'effacent, monstres qui parsèment la planète en généralité coupable. Elle parle en aiguë. Un seul de ses mots est une pointe d'épingle dont elle a la tête. Il y a plus de femmes que l'on pourrait le penser. Mais elles sont précisément cachées par la pensée. Alors, elle avance masquée. Il est hors de question qu'elle ait tous les droits. Le simple fait qu'elle soit derrière une porte est amplement suffisant.

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n pourrait s'en servir comme d'une espérance. On pourrait l'apporter à d'autres. La donner à voir ou à entendre. Faire rêver. Elle serait au bout de nos doigts qui toucheraient la musique avec la pudeur du secret. Le miracle serait de n'en rien savoir, de n'avoir aucune prétention à la connaître. Elle serait enfin ce qu'elle est : un don. J'avais pris l'habitude de l'inviter le soir après le soleil couché. Elle ne disait rien. Elle attendait le silence. Celui de la table et du lit, des projets et des techniques. Elle baignait son possible dans un autre part qui devait advenir de mon être propre. Elle m'a aidé comme on aide un infirme à m'asseoir dans le plan de son rêve. Sans elle, je ne serai pas là à vous dire ce qu'elle m'a fait entendre.

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l ne faut surtout pas se croire les possesseurs de l'intelligence. L'intelligence est dans la boîte. Elle est intrinsèque à la chose que l'on pense. Ce n'est pas le botaniste qui est intelligent. C'est la fleur qui attire le botaniste pour qu'il lui compte ses pétales. L'intelligence est dans la partition. Il y a une bête couchée sur les notes. Elle dort. Il n'est pas facile de réveiller ce qui est écrit dans le texte. Surtout que le style foutant le camp à tire-d'aile, il n'y a pas grand-chose à lire. Mais je crois à la Résurrection des Morts. Il y aura quelque Père à mettre bon ordre dans tout cela. Heureux ceux qui savent lire, car rien n'est donné par surcroît. Il faut d'abord y croire !

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arce qu'elle n'est pas seule, parce qu'elle est aussi peuplée qu'un infini peut l'être, elle vient de cette courbure de l'horizon et traverse les temps pour s'y laisser choir. Aurait-on violé le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qu'elle rend la parole à l'encontre du ridicule. De quelle parole s'agit-il ? Le silence parle plus qu'un beau discours. L'intrusion de sa technique vaut l'incursion des mécaniques. La figure évolue-t-elle ? Nous conduit-elle en résolution ? Il y a encore à lâcher ces vieilles prétentions qui ont tant de pouvoir en miroir d'écran et ne sont en fait que du vent. J'ai besoin d'entendre le souffle de ce qui n'est pas pour entrer en résonance à ce qui est.

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ette perte. J'ai envie d'en dire sur cette perte, liée à l'image, liée à l'écran, liée à la porte qui nous sépare. Il faut déjà que vous soyez absente pour pouvoir vous rapprocher. Ce n'est pas un simple exercice de position. Cette absence n'est pas votre éloignement. Cette absence est une place en moi-même qui vous échoit. Elle vous est attitrée. Si vous approchez, vous savez vous y mettre. De ce dont je ne peux ni me séparer ni me satisfaire, vous devenez maître par le jeu de l'absence. Cette absence est l'aube du désir, la promesse de l'habitation dont vous connaissez les sortilèges. Qu'ai-je perdu pour que vous soyez entrée en la demeure ? Est-ce une part de moi-même ou est-ce vous qui m'avez demandé de vous perdre pour que vous puissiez revenir de vous-même à la place dont l'exister témoigne et frémit ?

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ouer du violoncelle se fait dans l'obéissance. C'est comme pisser. On pisse aussi dans l'obéissance. L'un comme l'autre sont des actions programmées pour une certaine action pressante. Il faut bien une pression pour mettre une corde en vibration. Après la pression vient l'impression qui impressionne et c'est impressionnant comme chez les impressionnistes. Un dosage d'émotions passées par le corps. Il faut encore que ce corps obéisse à l'intention, de là l'obéissance. On pourrait chercher la référence, l'école, la règle canonique. Beaucoup restent dans des boîtes. Ça conserve. D'autres sortent des boîtes et affrontent le chemin des libertés, qui n'est pas sans rapport à l'obéissance : la liberté a ses exigences. Morale de justesse : elle en raffole. Extrapolation du style : elle en redemande. Garantie du résultat : elle ordonne la promesse.

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es petites filles travaillent sans salaire. Elles cherchent leur rôle dans le monde : l'activation de l'absence au passage d'un train dans le paysage. Elles travaillent comme des abeilles. Elles nettoient la planète de l'inutile. De combien se rendent-elles utiles par la seule fente de leur regard ? Elles installent un repère géométrique dont elles sont l'exclusive garantie. L'emprise de la lumière les rend solidaires. Elles se reconnaissent en tant qu'outil du dessin de l'invisible. Leur dépendance au monde est sous la condition de la courbure de la loi. Leur indépendance est strictement personnelle. La qualité de leur amitié fait dire que l'on se donne toujours en tant que femme.

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u'arrive-t-il dans le néant ? Je n'irai pas dans l'abominable. J'y serais écartelé par des chevaux, déstiné à souffrir sous l'inentendable. Ma joie en vient à être dépossédée. Ce n'est pas facile de laisser une case vacante dans laquelle le signifiant se déplace. Lao-Tseu a écrit au sixième siècle av. J-C. le Tao te King. Il y dit qu'il y a treize causes de vie et treize causes de mort. Entre ces points s'écrit l'impossible, le renoncement ou l'admirable. J'en suis encore à revenir à l'origine. Le besoin de mémoire entraîne une lumière qui n'a pas de caractère d'historicité. Le présent suffit à la communion. Quelqu'un parle de moi ou plutôt quelqu'un me parle. Je vois mon silence comme la chair dont je suis dépendant. Loin de comprendre, j'accepte les contradictions. Seraient-elles issues des cieux ou de l'enfer, des nuages ou de la poussière, elles s'écartent au fil des heures. L'âme est ce qui me touche.

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eut-on comprendre quelque chose au possible de l'amour ? Je vois vos yeux qui fuient et qui se retiennent dans les miens. La ville se pâme dans la contemplation des sécateurs qui se partagent le ruban de ses rues. Il faut un certain temps pour que cela se décante. Un temps immense où le nœud n'est pas ce que l'on attend. Il sert plutôt d'interdit. Entre les mots du dit, là gît le nœud qui attend. Le nœud servant d'entre-dit nous attend. Et ce n'est pas nous qui attendons le nœud. Sans doute avons-nous assez à faire avec les passions, les emplettes, les certitudes qui nous secouent. Une immensité cherche sans cesse à nous traverser. De son âge, de son sexe, de sa parole, rien serait trop en dire. Elle est plus verbale et universelle que l'on pourrait le comprendre. Elle ne désire pas de solution puisqu'elle est la solution. Avons-nous vraiment quelque chose à lui demander ? Non, rien. Mais la rejoindre, ça, oui.

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ù vais-je sinon au fond des yeux d'une femme dont le regard s'étend à mes pieds comme l'eau d'un lac... Toute connexion s'avérant impossible, il faut trouver un autre chemin. L'expérience intérieure s'avère propice à tous les théâtres d'expression. L'Autre s'y manifeste. Il y a ses droits d'entrée. Je pourrais en rester au roman familial et à ses frustrations, mais il s'agit d'une histoire d'une autre importance. Que dis-je ? Pas d'une histoire. D'une relation. L'histoire a préparé le terrain. Maintenant nous sommes à l'heure, dans le carré du pré. Il a été établi dans ce qui a été la frustration parentale en ordre surmoïque du toujours et partout des hallucinations de la case vide. Mais la case s'est remplie de nous-mêmes, et le langage des signes s'est avéré être correspondance à notre propre corps. Il est présent dans l'appel.

I

l faut limiter le nombre de portes. Ça évite les courants d'air et diminue les frais de chauffage. L'idéal serait d'avoir devant soi une seule porte, mais à la longue, même si elle est très belle, c'est ennuyeux et puis, ce n'est pas comme ça dans le pays. Il y a toujours plusieurs portes. Elles s'entendent souvent bien, font de la musique de chambre ou des quadrilles. Mais c'est toujours la concurrence. Même pour un homme seul avec treize portes. C'est beaucoup et ça peut être la bataille. Il vaut mieux en garder certaines fermées, en déco. On verra plus tard. Au moins, s'occuper de celles où l'on est sûr de trouver un peu d'amitié et de pouvoir y entrer dans le bon sens. Car c'est vrai qu'il y a toujours cette histoire de sens à vérifier parce que l'on peut se trouver dans un espace à gauche ou un espace à droite, ce qui est un peu comme sujet et contre-sujet dans une fugue de Beethoven. Ça se résout bien en accord de quinte, mais tout le monde ne joue pas du violon !

O

edipe a fermé sa page. Il n'est plus sur les chemins avec les questions, les pancartes du savoir et les envers de la pythie. Il est devenu dresseur de sphinx dans un cirque. Le cercle est son domaine : la Piste aux Étoiles. Il fait entrer par où ça s'ouvre, et en avant la musique ! Les trombones ont donné le la et les portes ont tourné des talons. Le grand jeu féerique. Treize portes s'ouvrent en montrant leurs jambes et leurs tutus de dentelle. Leurs têtes de sphinx forment un écran composite où l'on peut voir Molière, Diderot ou la Théorie de la Relativité. La fête ne fait que commencer. Des portes s'ouvrent dans les portes. C'est l'Internet généralisé. Du mail à tour de bras, du sans fil à bout de souffle.

L

a blessure était si profonde qu'il a fallu intervenir sur le comma. Tu joues trop haut disait l'une, trop bas disait l'autre. Il n'en avait cure. Il voulait que cela soit dit. User de la vérité dans la vérité, c'était son domaine. Il devait dénoncer l'imposture, en prendre les repères, les jeter à l'eau et à force de cuisine savante, découvrir la Pierre Philosophale. L'endroit le plus sédentaire lui convenait. Aux sphinx s'ajoutaient les loups et les singes. On rêvait d'éducation mutuelle, les uns apportant l'argent du délit aux autres. Tout fut rangé en un clin d'œil. Le héro n'avait pas de couronne. Il était sain et sauf. Son poste de radio répétait : loup y es-tu, que fais-tu ? Il improvisait des heures sur son violoncelle, le sphinx balançant nonchalamment de la queue à ses pieds.

C

hloé voulait aussi faire des films. Clore une image par une image, une porte par une porte. La pro a l'oreille fine. Elle savait qu'il y aurait un développement, mais que cela ne serait pas gratuit. Il y faudrait donner de sa personne. C'était une sorte de labour permanent. Un champ de terre grasse régulièrement retourné par les machines au soc luisant. On n'y pouvait pas mettre les pieds. Il fallait sortir du champ, enjamber le talus, prendre le chemin, tourner à gauche et après la forêt, dans une cabane, elle partageait un thé et parlait pendant longtemps des gens qui vivaient dans la terre grasse du champ régulièrement retourné. Elle n'inventait rien. Elle disait ce qui est. C'était la plus belle invention : la vraie vie. Un jour que j'allais la voir dans sa cabane, elle a ouvert la main et un papillon bleu s'est posé sur sa paume. C'était comme un livre avec des Portes Blanches. Un cadeau, un poème.

O

n a à transmettre ce qui fait l'unicité de la personne et non la bêtise d'un système. Je veux être consolé de ce déchirement que l'on m'impose d'une hallucination de l'Autre. La mer a recouvert le corps de son sable. Elle s'est approprié le trésor et il repose en son fond. La porte croyait tout pouvoir dire et encore en apporter. Pourtant seul Mozart a écrit Mozart. La porte n'a cessé de se taire et même de s'effacer sous l'agilité de la plume transcrivant les notes rapides. La projection de l'écran du sujet Mozart était à l'intérieur de Mozart et le système de son exploitation n'a fait que le retourner plus au fond de lui-même où il a cherché le secret de son secret. Seule la pudeur transmettra cela. L'orgueil pourra se faire clouer où ça lui chante !

S

erait-elle autant porte qu'on la prit pour le ciel ? Autant en emporte le vent ! Mais que ferait-on si le secours ne venait de cet au-delà si communément appelé le ciel ? Oh, juste après la page, une affaire strictement personnelle, un historique de la demande. Ci gît l'adieu dont on fera la croix. Les portes en sont closes. C'est un malentendu. C'est l'immensité respectable en pointillé impressionniste. Le nomansland de tous les possibles, du miracle et des interdits. Y croire et c'est l'entre deux portes. En vivre et c'est l'appareillage du paradis. L'invitation serait si forte qu'un mur contenant la porte entendrait des murmures.

J

'aimerais bien me rendre en Auvergne sans déranger les étoiles. Mais le peut-on, sincèrement, le peut-on ? Les petits petons. La phénoménologie de l'esprit se réduit-elle à l'art du genou ? Sur la Face Nord de l'Eiger, il vaut mieux planter un piton. Mais de nos jours, il y en a qui font le Linceul avec une seule broche à glace. C'est angélique. L'imprimante voulant tout y mettre se donne en tant que face. Elle a pris les petits, ça sert de couilles, laissant le sac au porteur. Un mur comme un disque emporte la porte au lointain des tourmentes. Chacun comprend ce dont il a besoin. On ne peut pas entendre que Mars a mangé la Lune si l'on n'a rien à faire des rapports de la Lune avec Mars. C'est plutôt vertueux. L'ignorance cascade la vertu en dépit des queues de poisson de l'innocence.

G

randiosité des Rois, pourquoi nous avez-vous fait cela, de disparaître au profit de cette saleté ? La cuillère en choirait car il y a une différence entre les vrais cons et les faucons. J'ai choisi mon camp. Mais étant soumis à la chasse aux pixels de ces dames, je profite de mon temps pour réfléchir et me méfier. Ah, jouir dans les fesses de la France serait idéal pour y mettre un peu d'ordre. En aurai-je la vocation et qui veut quoi ? Le désir des uns est conjugué par les autres et les troisièmes tirent au flanc. On peut mettre un réveil aux consciences des images. C'est de bon aloi. Et de nos jours satellisés, pourquoi pas aux poules du Togo et aux baobabs du désert. Il y a des pages qui se taisent. J'en resterais là. À attendre ce que dit la vérité dans sa vérité. C'est un bon chemin. Pas trop loin. À demain.

D

evant moi, je n'ai pas l'interdit. J'ai une solitude immense comme un champ de blé qui ondule ou la mer au soleil couchant. Et il y a du vent. Qu'est-il d'important ? Mon regard se nourrit d'être mon regard. Il regarde. Il admire. Il se remplit de la solitude qui l'entoure. Et te voilà, conscience de toi-même. Tu es lumière dans la lumière, habillée d'un rien. Cet habit qui te pare est tout toi-même. Tu n'as pas demandé ta présence et la présence t'amène. Que fais-tu dans un cœur abandonné pour écrire autant de joie ? Les vérificateurs d'orthographe se penchant sur ton chemin déjà me parlaient de toi. Y a-t-il maintenant, à la place de mes mots, de mes larmes et de mes tourments, une telle césure grammaticale, qu'elle ouvre un vide dont tout toi prend la place ?

O

n n'astique pas la poussière, on astique la cire. C'est organique, organistique. Ça sonne comme de l'orgue. Un coup d'archet peut changer une cathédrale. Lié sautillé, tiré poussé. Je rentre sous la voûte avec ce pincement de cœur qui dit que mon silence est à moi, ce silence est à tout Autre. La musique est du silence composé, déposé sur une étagère, mis en bouteille par un magicien. Il m'a souvent laissé tomber. On tombe toujours de plus haut. Il a fallu apprendre à jouer de ce poids de la chute, car c'est ce poids qui met en jeu la fonction du silence. Si la pomme ne tombait pas, personne n'aurait dit Euréka ! Une corde qui sonne, envoie le son comme une flèche dans la pomme.

P

erdre autant de temps pour se retrouver seul devant l'infini, est-ce logique ? Les portes se sont ouvertes dans le silence de leur personne. Madame la boulangère n'est pas dupe, ni monsieur le Maire. Les rues se suivent en porte-à-porte. Patience et longueur de temps font plus que porte ni que page. Dans mon rêve, Goethe est étendu sur le divan, une jambe de femme sort de son habit et descend jusqu'au sol. Devant, une pomme décalottée est remplie de caviar. Et Goethe dit : – Ma pomme a faim ! Mange, ma fille, mange. Tu as enfermé les hommes dans des chambres. N'oublie pas d'ouvrir le gaz si ça te chante !

D

evant la porte de mon désir, finirai-je dans la dérision ? Ma Mère Loi, vous me conjurez. À moi de vous demander si les comptes de vos masques si chatoyants sont d'une puissance suffisante à me réduire à néant. Vous me volez les plumes et voulez m'imposer les vôtres. Vous attendez que je corresponde. En ai-je cure ? Je suis un danseur sur un fil et ne peux me retourner. À droite comme à gauche est le vide. Et devant, le fil s'efface dans la brume. Peut-être est-il dévoré par des fourmis. Si ma grâce me demande la grâce, je la lui donne. Si la grâce me demande ma grâce, je la donne aussi. Ne retournez pas votre dard contre moi. Ne me demandez pas ce que je ne peux accorder. La foi n'est pas donnée pour qu'on l'oublie. Je n'ai rien d'un chien et n'ai pas la nuit.

J

e vois des toupies automatiques. Je vois des pierres qui tournent sur elles-mêmes. La montagne a ses codes barres. Et elle a faim. Elle attend que je sois dans son moule. La belle aubaine ! Suis-je un gâteau ? Ne suis-je en droit d'attendre autre chose ? Je pleurais au Col de Vose, je pleurais les chaudes larmes de la vie, quand le chat est venu se blottir une heure contre ma cuisse. Toute la montagne tournait sur son séant. Quel père jugulait ses filles dans l'orage tonitruant ? Aurai-je un jour simplement la conscience de ce que l'ogre a pris dans ma nuit ? Je ne demande pas un lot de nudités enchaînées sur un navire. Non. Mais je compte les perles du temps passé et perdu.

L

aissez-moi partir ! Le temps a assez duré. Les arbres me mangeront, les fleurs me dévoreront, les herbes me boiront. Je n'ai pas besoin de savoir où vous êtes. Vous savez où vous êtes. Si je prends le chemin, c'est pour être sûr de n'avoir aucun catalogue à consulter. J'ai dépassé la vingt-quatre-millième heure de votre décompte kaléidoscopique. L'avenir est au loin, là-bas, où vous êtes. Je finirai par l'aimer.

F

aire du bruit sans qu'on s'en rende compte est la meilleure des guerres, ou construire un château dans l'étant, ou noyer des fines herbes dans le beurre de cacao. Nous franchirons les portes en paix. Habillé de mon âme, je vais parfaire le silence.a




 AW © 2003





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Livre disponible en fomat 10 x 14,5 cm  –  65 p  –  Reliure grecquée, collée  –  Couverture plexiglas

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